| Yves Saint Laurent | |
| Naissance | 1 août 1936 à Oran en Algérie |
| Décès | 1 juin 2008 (à 71 ans) à Paris |
| Nationalité | |
| Profession | Grand couturier |
| Distinctions | Grand Officier de la Légion d'honneur |
Yves Saint Laurent[1] (1er août 1936, Oran, Algérie - 1er juin 2008, Paris) est un grand couturier français. Il dirigea la maison de couture qui porte son nom durant 41 ans de 1961 à 2002. Connu pour avoir popularisé le blouson noir, le look des beatniks des années 1960, les sahariennes, le caban, aussi bien que les costumes de tweed, le tailleur-pantalon, les pantalons à la taille haute, les smokings pour femmes et les cuissardes, ses collections de haute couture sont réputées dans le monde entier.
Sommaire
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Yves Henri Donat Mathieu-Saint Laurent est né le 1er août 1936 à Oran en Algérie où il passe sa jeunesse. En 1954, à l'âge de 18 ans, il s'installe à Paris où il suit des cours de dessin à la Chambre syndicale de la Haute Couture pendant trois mois.
Il est remarqué en 1955 par le couturier Christian Dior qui l'emploie comme assistant modéliste.
En 1957, il est âgé de 21 ans à peine lorsque Christian Dior meurt. Il lui succède à la tête de la maison Dior où il connaît le succès avec la présentation de sa première collection « Trapèze ». L'homme d'affaires Pierre Bergé entreprend de gérer sa carrière à partir de 1958 mais il est mobilisé sous les drapeaux pour aller combattre en Algérie durant la Guerre d'indépendance. Au bout de 20 jours, il est démobilisé pour dépression nerveuse. Il est envoyé dans un hôpital psychiatrique où il subit des électrochocs pour guérir. À son retour, Marc Bohan a pris la place de son ami chez Dior.
En 1961, Pierre Bergé convainc le milliardaire américain J. Marck Robison d'apporter les quelques milliards de francs nécessaires à la création de la « maison de couture Yves Saint Laurent » ou YSL dont il devient le dirigeant financier, compagnon et mentor d'Yves Saint Laurent. Puis ils s'attèlent à racheter franc après franc leur société.
Yves Saint Laurent crée sa première collection en 1962. En 1965, certaines de ses robes reproduisaient des motifs du peintre Mondrian. En 1966, il créera le premier smoking pour femmes, pour le défilé Haute Couture de l'été de cette année-là. Il sera alors présenté dans chacune de ses collections devenant ainsi selon les termes du couturier « le label » (Yves Saint Laurent).
La même année, sur une idée d'Yvonne Nepp, ils inventent Saint Laurent Rive gauche, le prêt-à-porter féminin de luxe, selon la formule suivante : modèles dessinés par le créateur, réalisés par un industriel extérieur, et diffusés dans un réseau de boutiques franchisées. Ils se lancent en 1969 dans des collections masculines.
Yves Saint Laurent dessine également des costumes et des décors de théâtre et de cinéma pour les pièces de Cyrano de Bergerac en 1959, ou Le mariage de Figaro ou pour des films tels que La Panthère Rose en 1963 et Stavisky en 1974.
Il est un des premiers créateurs à faire défiler des mannequins noires dont Katoucha Niane. Ses autres égéries sont Betty Catroux qui fut l'un de ses premiers mannequins et dont il se sentait le jumeau (il est le parrain de sa fille Claude), l'actrice Catherine Deneuve, icône de la culture française à l'étranger, Loulou de la Falaise également l'un de ses premiers mannequins, et l'actrice Talitha Pol-Getty décédée d'une overdose en 1971.
Parmi les plus fameuses ambassadrices de la marque auprès de la jet-set et de la bourgeoisie des années 1970 au début des années 1980, on compte les femmes du monde Nan Kempner et Diane Boulting-Casserley Vandelly.
En 1980, il rachète avec Pierre Bergé le jardin Majorelle, un jardin botanique touristique de Marrakech au Maroc, créé par le peintre français Jacques Majorelle.
Le 12 mars 1985, François Mitterrand, Président de la République (qu'Yves Saint Laurent soutient politiquement avec Pierre Bergé) lui remet les insignes de chevalier de la légion d'honneur, au palais de l'Élysée.
En 1990, une collection intitulée « Hommages » est réalisée avec des célébrités comme Zizi Jeanmaire, ou encore, celle qu'il appelle son porte-bonheur, Catherine Deneuve.
En 1998, la maison YSL est achetée par François Pinault, déjà principal actionnaire de Gucci qui impose ses nouvelles règles de gestion, de marketing et de profits. Ce dernier impose également le nouveau styliste créateur américain et directeur artistique de Gucci, Tom Ford, pour la partie « Prêt à porter Rive Gauche ».
En 2001, Yves Saint Laurent est décoré de l'ordre de commandeur de la Légion d'honneur par le président de la République Jacques Chirac, puis Grand Officier de la Légion d'honneur le 6 décembre 2007 par Nicolas Sarkozy.
Le 7 janvier 2002, Yves Saint Laurent fait ses adieux à la haute couture à l'âge de 66 ans : « J'ai choisi aujourd'hui de dire adieu à ce métier que j'ai tant aimé ». Le 23 janvier de cette même année, il fête les quarante ans de sa prestigieuse maison de couture.
Tom Ford lui succède à la tête de la maison Yves Saint Laurent, puis Stefano Pilati à partir de 2004.
Yves Saint Laurent crée avec son compagnon Pierre Bergé la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent[2] au 5 avenue Marceau, dans le 16e arrondissement de Paris. C'est une fondation de mécénat et de gestion d'une collection musée exceptionnelle de 5 000 vêtements et 15 000 objets, qui retrace toute l'histoire de la maison de haute couture Yves Saint Laurent.
Il meurt dans la nuit du 1er au 2 juin 2008, des suites d'un cancer du cerveau à l'âge de 71 ans[3],[4]. Ses obsèques sont célébrées en l'église Saint-Roch, en présence de nombreuses personnalités de la mode, des médias et de la politique: Catherine Deneuve et Laetitia Casta, les égéries du couturier, le président de la République Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni, la ministre de la culture Christine Albanel, le maire de Paris Bertrand Delanoë, les anciennes premières dames Bernadette Chirac et Farah Pahlavi,la veuve du Shah d'Iran. Parmi les personnalités de la mode figuraient les créateurs Jean-Paul Gaultier, Valentino, Karl Lagerfeld, Christian Lacroix, Sonia Rykiel, John Galliano, Kenzo Takada, Hubert de Givenchy, Vivienne Westwood, Inès de la Fressange, Riccardo Tisci et Alber Elbaz, le directeur artistique Stefano Pilati, l'ex-top model Claudia Schiffer, l'actrice Arielle Dombasle, ainsi que les industriels Bernard Arnault et François Pinault [5][6]. Près du cercueil recouvert d'un drap couleur safran, sur lequel étaient déposés des épis de blé vert, Pierre Bergé prononça un émouvant discours : « [...]Je ne sais comment le faire parce que je ne te quitterai jamais. Nous sommes-nous déjà quittés ? Même si je sais que nous ne regarderons plus le soleil se coucher sur les jardins de l'Agdal, que nous ne partagerons plus l'émotion devant un tableau ou un objet d'art, oui tout cela je le sais [...], je veux te dire mon admiration, mon profond respect et mon amour. »
Les cendres d'Yves Saint Laurent reposent dans sa villa de Marrakech au cœur du jardin Majorelle.
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Lors de ses obsèques, Pierre Bergé a prononcé l'éloge suivant.
« Comme le matin Paris était jeune et beau la fois où nous nous sommes rencontrés. Tu menais ton premier combat. Ce jour là, tu as rencontré la gloire, et depuis, elle et toi ne vous êtes plus quittés.
Comment aurais-je pu imaginer, que cinquante années plus tard nous serions là, face à face, et que je m'adresserais à toi pour un dernier adieu. C'est la dernière fois que je te parle, Yves, c'est la dernière fois que je le peux. Bientôt, tes cendres rejoindront la scépulcture qui t'attend, dans le jardin Majorelle de Marrakech.
C'est à toi que je m'adresse, à toi qui ne m'entend pas, qui ne me répond pas. Tous ceux qui sont ici m'entendent, mais toi seul ne le peut.
Comment ne pas se souvenir ?
Je me souviens de cette première rencontre et de celles qui ont suivi. Je me souviens du jour où nous avons décidé - mais décide-t-on dans ces cas là - que nos routes allaient se rejoindre et n'en feraient plus qu'une. Je me souviens de t'avoir annoncé sur ton lit d'hôpital, au Val-de-Grâce, que tu n'étais plus à la tête de la maison du couture qui t'employais. Et je me souviens de ta réaction : "Alors, m'as tu dit, nous allons en fonder une ensemble, et tu la dirigeras". Je me souviens de la chasse à l'argent, des écueils qui surgissaient de partout, mais, tu le sais, pour toi, j'aurais affronté plus de risques encore. Je me souviens, de ta première collection sous ton nom, Bruce Prontigny, et de tes larmes à la fin qui témoignaient de mois de doute, de recherche, d'angoisse. Une fois de plus, la gloire était venue te frôler de son aile.
Puis, les années se sont succédées, et avec elles les collections. Comme elles ont passé vite ces années ! Et comme tes collections façonnaient ton époque. De tous les couturiers, tu fut le seul à avoir ouvert le livre de ta vie, à le commencer au chapitre un, à l'écrire et à y inscrire le mot "fin". Tu avais compris que l'époque qui s'annonçait ne demanderait ni rigueur ni exigence, et après un dernier défilé au centre Pompidou qui demeurera dans la mémoire de la mode, tu as quitté à jamais ce métier que tu avais tant servi, que tu avais tant aimé. Tu ne t'es jamais consolé de cette séparation. Tu avais une passion pour la création de mode, mais comme cela arrive parfois dans des couples, le divorce était inéluctable. Ce qui n'empêche pas de continuer d'aimer, ni de souffrir.
Je veux te dire, moi qui fut ton témoin le plus proche, qu'entre toutes, les qualités que j'ai le plus admirées chez toi sont précisément l'honnêteté, la rigueur et l'exigence. Tu aurais pu parfois te couler dans la mode, mais tu n'y as jamais songé, fidèle au style qui fut le tien. Tu as eu bien raison, puisque ce style est celui qu'on retrouve partout, peut-être pas sur les podiums de la mode, mais dans les rues du monde entier. Ta complicité avec les femmes, que tu revendiquais haut et fort, et dont tu étais le plus fier, n'a jamais cessé. Avec Chanel, car si un nom doit être cité aujourd'hui et un seul, c'est bien le sien, Chanel qui t'avais désigné comme son successeur, tu auras été le couturier le plus important du XXe siècle, elle de la première moitié, toi de la seconde.
Sur la plaque de marbre qui t'attends, au dessous de ton nom j'ai voulu que soit gravé "Couturier français". Couturier, tu l'as été, ô combien. Tu as construit une oeuvre, dont les échos seront longtemps audibles. Français, car tu ne pouvais rien être d'autre. Français comme un vers de Ronsard, un parterre de Le Nôtre, une page de Ravel, un tableau de Matisse.
Pascal, qui ne l'aimait pas, reproche à Montaigne de préférer son oeuvre à tout. C'est Montaigne qui a raison, c'est ton oeuvre qui t'as permis de vivre, de supporter l'angoisse qui fut la tienne depuis ton plus jeune âge. L'artiste est ainsi fait qu'il ne trouve de salut et de raison d'espérer que dans la création.
Comment à ton propos, ne pas citer Proust ? Même, même si le Père Lettron l'a déjà fait, mais à propos d'Yves-Saint-Laurent on ne citera jamais assez Proust. Tu appartenais en effet à cette grande famille magnifique et lamentable des nerveux qui est le sel de la Terre. Tout ce que nous connaissons de bien nous vient des nerveux. Ce sont eux, et non pas d'autres qui ont fondé les religions et composé les chefs d'oeuvre. Jamais le monde ne saura ce qu'il leur doit, et surout ce qu'eux ont souffert pour le lui donner.
Voila, Yves, ce que je voulais te dire.
Il va falloir se quitter maintenant, et je ne sais comment le faire, parce que je ne te quitterai jamais. Nous sommes nous déjà quitté ? Même si je sais que nous ne regarderons plus le soleil se coucher derrière les jardins de Lagdane, que nous ne partagerons plus d'émotion devant un tableau ou un objet d'art. Oui, tout cela je le sais. Mais je sais aussi que je n'oublierai jamais ce que je te dois, et qu'un jour, j'irai te rejoindre sous les palmiers marocains.
Pour te quitter, Yves, je veux te dire mon admiration, mon profond respect, et mon amour. »
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